MA GUEGUERRE DES 6 JOURS à ISSOIRE
4 au 10 septembre 1983 de Boris HILAREF


Une période de notre vie où nombreux sont les E.S.O.A qui n'ont pas mesuré la détresse vécue par des camarades réformés suite à des problèmes médicaux ou poussés vers la sortie à cause de résultats scolaires. Je pense que beaucoup se reconnaitront lors de leur départ de l'école en lisant ce texte .... J'ai une pensée toute particulière pour notre camarade LANTONNET déclaré Y5.

04 SEPTEMBRE 1983
L'ENGAGEMENT.

 Aux origines d'une vocation.

« Le train va partir ; attention au départ ». La voix off se tut ; un grincement de tôle se fit entendre. Les wagons commencèrent à défiler devant mes yeux : au début lentement et longuement ; puis, rapidement et maigrissant pour disparaître en un appel d’air libérant l’horizon. Ils apparaissent alors à quelques mètres, de l’autre côté de la voie ; ils étaient magnifiques dans leur tenue de sortie d’été.

En ce dimanche 04 septembre 1983, comme des dizaines de jeunes gens venus de toute la France, à peine sortis de l’enfance et pas encore adultes, ayant répondu à cet appel étrange tricolore, je restais immobile, les yeux écarquillés, admiratifs et apeurés. J’avais pris soin d’écourter ma chevelure pour leur ressembler dès l’arrivée. Qu’attendions-nous pour nous rapprocher de nos grands frères d’armes ? Peut être étions-nous déjà aux ordres ?

Je me rappelais pourquoi j’étais en gare d'Issoire, les raisons de ma candidature au concours d’entrée à l’Ecole Nationale Technique des Sous-Officiers d’Active de l’Armée de Terre. Durant un an et demi, je m’étais préparé corps et âme à cet événement qui devait bouleverser et orienter ma vie d’homme en devenir. Quant on a 15 ans, 18 mois d’attente paraissent une éternité surtout lorsqu’il n’est pas assuré d’atteindre son objectif. L’admission à cette école militaire était conditionnée par un concours de recrutement national et une visite médicale préalable d’aptitude au métier de soldat.

Tout a commencé à Satoy-Plaine, limitrophe à Lyon. Satoy-Plaine avait cette particularité d’avoir en son sein le 188ème RI qui se trouvait à quelques centaines de mètres de la petite cité prolétaire où résidait ma famille.

Aussi loin que je m’en souvienne, on voyait régulièrement des colonnes de fantassins passer à notre proximité et, parmi d’autres enfants, j’allais à leur rencontre et tentais désespérément de suivre ou de rattraper le dernier de la colonne :
- monsieur, monsieur, vous partez à la guerre ? Vous m’emmenez avec vous ?
- on ne peut pas t’emmener, tu es trop petit et, puis, c’est dangereux de faire la guerre…
- mais ce n’est pas la vraie guerre que vous faites ! C’est la guéguerre, la guerre pour de faux !
- allez, petit, va jouer avec tes copains…
Leur pas de marche était trop soutenu pour mes jambes de bambin. Je les regardais s’éloigner sans jamais avoir pu les suivre plus d’une centaine de mètres........
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